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15 ans

Les 15 ans d’Alliance Polymères Québec : un succès initié par des bâtisseurs passionnés

Par Yves Therrien et Simon Chrétien

Il y a 15 ans, en 2008, 17 chefs d’entreprises de la région de la Chaudière-Appalaches ont créé un créneau d’excellence dans le but de réunir toutes les forces capables d’améliorer le niveau de concurrence de l’industrie des plastiques et des matériaux composites sous le nom Vallée de la plasturgie. 

En 2020, le créneau a pris un nouveau virage pour repositionner l’industrie et créer un plus grand mouvement de collaboration, et ce, tout en demeurant actif au sein de la démarche ACCORD de la Chaudière-Appalaches. C’est à ce moment que le créneau a dévoilé son nouveau nom et ses nouvelles couleurs. Aujourd’hui, l’action d’Alliance Polymères Québec (APQ) vise l’ensemble du Québec et englobe les entreprises du secteur des plastiques, des matériaux composites et de la fabrication des moules et de l’outillage. 

La démarche ACCORD est une initiative gouvernementale qui vise à dynamiser l’économie des régions du Québec. Cette démarche s’appuie sur les forces régionales, sur la mobilisation et sur le dynamisme des gens d’affaires en région ainsi que sur la recherche de l’excellence dans les secteurs clés du Québec.

Jacques Carten, un bâtisseur

Jacques Carten, premier directeur général de la Vallée de la plasturgie, se souvient des débuts du conseil d’administration alors qu’en plus de Pascal Baillargeon de Plastique Art, André Lefebvre de P.H. Tech et Marie-Claude Guillemette de Plastiques Moore, présidente du premier conseil d’administration, il y avait Liette Veilleux, représentant, à titre d’observatrice, le ministère de l’Industrie et du Commerce du Québec.

Jacques Carten
M. Jacques Carten

« Les trois membres du conseil avaient une vision claire du domaine de la plasturgie, étant eux-mêmes des entrepreneurs dans le domaine. Ainsi, le conseil a su donner les orientations de départ du créneau. D’ailleurs, à cette époque, une autre association du secteur plastique voulait prendre sous son aile la démarche ACCORD Chaudière-Appalaches », se souvient-il. 

Le gouvernement de l’époque avait créé une quarantaine de regroupements dans les différentes régions administratives du Québec. On notait des domaines d’interventions différents dans les diverses régions. Dans Chaudière-Appalaches, ajoute M. Carten,

« nous avons choisi le secteur du plastique et des composites, qui sont deux familles distinctes, mais proches ».

Dans les six premiers mois de l’organisation, le nouveau directeur général s’est attelé à la tâche de faire connaître la démarche ACCORD aux différentes entreprises de la région.

« Il fallait aussi créer une dynamique entre les entreprises et créer des liens entre elles. Ces gens-là se rencontraient traditionnellement de manière informelle et très occasionnelle. J’ai mis en place des rencontres formelles tous les mois pendant deux ans sur des thématiques proches de leurs intérêts », ajoute-t-il.

Avec une cinquantaine de participants lors de chaque déjeuner-conférence, il devenait plus facile de créer des relations et de travailler sur des projets communs. Le premier projet portait sur un regroupement d’achats de résine de plastique à grand volume, mais comme les procédés et besoins diffèrent d’une entreprise à l’autre, le projet a été mis de côté, mais c’était un départ pour des collaborations à venir.

Les entreprises du plastique étaient surtout concentrées dans la région de Bellechasse et les composites dans la région de la Beauce, ainsi que quelques autres dans Montmagny-L’Islet et Lévis. La plupart des entreprises travaillaient en sous-traitance, sauf IPL, souligne M. Carten. Mais il fallait voir à plus long terme pour créer de nouveaux produits uniques.

Il crée alors une cohorte composée de sept manufacturiers pour les aider à développer de nouveaux produits afin d’assurer leur avenir. Le projet a été piloté par Patrick Sirois de la compagnie Triode, car il avait élaboré une formation en développement de nouveaux produits. Il a d’ailleurs mis en place des méthodes de création de produits chez ces sept entreprises manufacturières.

« L’avantage, avec la démarche ACCORD, c’est que 50 % des dépenses et investissements étaient payés par le programme, et 50 % par les participants. Pour un projet coûtant 100 000 $, chaque entreprise injectait environ 7 000 $ pour être accompagnée pour toute une année afin de créer de nouveaux produits. La démarche a ainsi permis de réduire les coûts et d’attirer les entreprises qui n’auraient pas participé à cette initiative sans l’aide gouvernementale », continue M. Carten.

« D’ailleurs, nos projets étaient toujours créés en fonction des besoins des manufacturiers », ajoute-t-il.

En outre, pour aider à augmenter le nombre d’inscriptions au diplôme d’études collégiales (DEC) en technique de plasturgie au cégep de Thetford, M. Carten a invité tous les manufacturiers pendant trois ans à participer au salon Éducation Emploi, qui avait lieu autre centre de Foire de Québec en octobre de chaque année. 

« J’ai utilisé divers produits en exposition pour inciter les jeunes à faire partie de cette industrie. On avait un devant de Spider™ de BRP en démonstration et une presse à injection, que les jeunes pouvaient opérer et pour fabriquer des cartes de guichet automatique. C’était une amorce pour conserver le programme au cégep et être innovants pour la relève. Nous avons aussi fait des publications pour mettre en valeur le monde du plastique et des composites », conclut M. Carten,

qui a quitté son poste en octobre 2011 avec une liste de réalisations très appréciable.

Pascal Baillargeon, un membre fondateur engagé

Pascal Baillargeon, président de Plastique Art, se souvient de la création de la Vallée de la plasturgie, car il était membre du premier conseil d’administration du nouvel organisme avec Mme Marie-Claude Guillemette et quelques autres personnes. Il a d’ailleurs siégé au conseil d’administration jusqu’en 2021.

Pascal Baillargeon
M. Pascal Baillargeon

« Nous avions diverses réunions depuis l’an 2000 entre entrepreneurs pour être ensemble et trouver des moyens de se développer, comme la création d’un portail regroupant toutes les entreprises du plastique de la région. Nous voulions aussi faire la promotion de l’industrie. Nous avons ensuite eu de l’argent du gouvernement dans le cadre de la démarche ACCORD pour créer la Vallée de la plasturgie et embaucher quelqu’un au poste de la direction générale », raconte-t-il.

Ainsi, la reconnaissance du regroupement par la démarche ACCORD en 2008 aura permis d’avoir les moyens d’embaucher le premier directeur, M. Jacques Carten, à plein temps pour développer des projets collaboratifs, donner des formations, favoriser les rencontres des gens du milieu, explorer les nouveaux marchés et réaliser une première planification stratégique. 

Au départ, la Vallée de la plasturgie regroupait plusieurs entreprises de Sainte-Claire et de Saint-Damien dans Bellechasse, notamment. Pendant quelques années, les membres de la Vallée de la plasturgie ont travaillé à faire connaître notre expertise régionale pour s’ouvrir vers l’international, par exemple. Nous avons même organisé une tournée de visite de nos usines avec des entrepreneurs de l’étranger pour faire découvrir les capacités des entrepreneurs québécois.

« Par contre, nous voulions regrouper tout le monde de l’industrie. Au départ, il y avait d’autres organismes régionaux et provinciaux en place en lien avec notre industrie, mais lorsqu’ils ont cessé leurs activités, nous avons pris un virage pour devenir Alliance Polymères Québec afin de représenter l’industrie au complet et créer un plus grand mouvement de collaboration. »

« Avec la création d’Alliance Polymères Québec, nous voulions voir plus grand que la région de la Chaudière-Appalaches, pour s’élargir partout au Québec avec un nom plus moderne et représentatif de la nouvelle réalité. Par exemple, le terme « polymères », qui présente mieux l’aspect que l’on va plus loin que seulement le plastique », ajoute-t-il.

Baillargeon précise que sa vision de faire de l’APQ un pôle d’attraction et de collaboration entre les entrepreneurs a été au cœur de sa motivation depuis les tous débuts de son implication dans l’industrie, à savoir cinq ans avant la création officielle de la Vallée de la plasturgie, et ce, jusqu’à son départ du conseil d’administration d’APQ en 2021, soit après plus de 20 ans d’implication active. D’ailleurs, encore aujourd’hui, M. Baillargeon continue de suivre de près les activités du créneau et de s’impliquer d’une manière ad hoc.

Marie-Claude Guillemette, une implication exemplaire

Propriétaire de Plastiques Moore, à Saint-Damien, jusqu’en 2022, Marie-Claude Guillemette a été la première présidente du conseil d’administration de la Vallée de la plasturgie. Elle a d’ailleurs été membre du conseil jusqu’au début de 2023, à la suite de la vente de son entreprise.

Marie-Claude Guillemette
Mme Marie-Claude Guillemette

« Les premières initiatives de collaboration, avant la création de la Vallée de la plasturgie, ont commencé en 2004 et 2005 pour faire face à la concurrence de la Chine, du Mexique et d’autres pays émergents qui venaient prendre des parts de marché dans notre région », se souvient-elle. 

« Il y a eu des rencontres d’entreprises pour faire face à la situation. À l’époque, 70 % des entreprises avaient moins de 50 employés et quelques-unes une vingtaine de travailleurs seulement. Une petite PME n’a pas les mêmes ressources qu’une grande entreprise pour le développement de produits et des innovations », mentionne Mme Guillemette.

« Il devenait évident qu’en nous regroupant, nous aurions plus de chance d’avancer que chacun dans son coin, rappelle Mme Guillemette. C’est à cette période-là que le gouvernement a lancé la démarche ACCORD et la région de la Chaudière-Appalaches a obtenu le secteur de la plasturgie, soit les plastiques et les composites. ACCORD, c’est l’âme de la Vallée de la plasturgie », décrit-elle.

« C’est grâce à la démarche ACCORD que l’organisation naissante avait de l’argent pour réaliser des projets collaboratifs structurants qui avaient été initiés par le regroupement d’entreprises. Le conseil d’administration pouvait porter, avec les acteurs de l’industrie, des projets d’innovation, de productivité, de commercialisation, de réseautage et même envisager des actions en lien avec les problèmes de pénurie de main-d’œuvre. Le but était toujours de répondre aux besoins des PME », décrit Mme Guillemette

« Lorsqu’il s’agit d’une PME de 20 ou 40 employés, l’entreprise n’a pas toutes les ressources nécessaires pour assurer le développement continu, ou encore quelqu’un pour les ressources humaines. La charge revient souvent sur les épaules du propriétaire ou de l’équipe des dirigeants. Par exemple, Plastiques Moore, Thibault et Plastique Art n’avaient pas les moyens d’avoir chacune une personne pour la gestion des ressources humaines, mais à trois nous pouvions partager la charge », continue Mme Guillemette,

en soulignant qu’il y a eu plusieurs autres projets de partage de ressources entre diverses compagnies grâce à la Vallée de la plasturgie.

« Avec les conférences, les visites industrielles et la participation à un salon de la plasturgie en Allemagne, tout cela permettait de découvrir des innovations et de bonnes pratiques à mettre en œuvre dans les entreprises québécoises. Avec la démarche ACCORD et la Vallée de la plasturgie, il a été possible de faire croître les entreprises, estime Mme Guillemette. Il n’y a pas eu de pertes d’entreprises en général, mais une croissance dans le temps. »

Elle n’a pas de crainte pour l’avenir de la plasturgie, notant au passage que la croissance est là, mais qu’il faudra encore quelques adaptations.

« Les entreprises sont assises sur des marchés solides et elles exportent davantage au fil des ans dans des marchés diversifiés », mentionne-t-elle.

Elle note aussi que bien des acheteurs ont laissé de côté la Chine et d’autres pays étrangers, en tenant compte, notamment, des délais et des coûts des produits pour revenir sur le marché québécois.

De plus, Mme Guillemette fait remarquer que l’automatisation permet d’éliminer les opérations manuelles répétitives pour garder les tâches plaisantes pour les employés, réduire les coûts et, en même temps, avoir une réponse technologique face à la pénurie de main-d’œuvre.

« L’avenir est florissant. Les choses évoluent toujours de plus en plus rapidement, mais les entreprises ont démontré au fil des ans qu’elles savaient s’adapter et se réinventer », conclut Mme Guillemette.

Denis Bertrand, un président tourné vers l’avenir

Au Québec, l’industrie des polymères représente aujourd’hui un chiffre d’affaires annuel d’environ 7,5 milliards de dollars avec plus de 22 000 emplois répartis dans environ 600 entreprises. Les entreprises du secteur des plastiques et matériaux composites travaillent à la fabrication et au développement de produits qui contribuent à une économie québécoise performante et respectueuse de l’environnement. D’ailleurs, Alliance Polymères Québec est bien placée pour appuyer le développement et la croissance de l’industrie, car avec ses partenaires, ils participent ensemble au développement de l’industrie des polymères depuis plus de quinze ans. Alliance Polymères Québec est ainsi devenue une référence en matière de coopération et de développement industriel dans le secteur des polymères québécois, et ce, grâce à l’implication indéfectible d’entrepreneurs passionnés.

M. Denis Bertrand (à gauche), accompagné de M. Christopher Skeete, Ministre délégué à l’Économie
M. Denis Bertrand (à gauche), accompagné de M. Christopher Skeete, Ministre délégué à l’Économie

« Être président de cette alliance durant les dernières années m’a donné une perspective unique sur l’évolution, le progrès et, par-dessus tout, sur le potentiel incommensurable de notre créneau. Si ces 15 années ont été jalonnées de succès, elles nous ont également enseigné l’importance de l’adaptation, de la collaboration et de la persévérance », mentionne Denis Bertrand, président du créneau d’excellence Alliance Polymères Québec.

Il ajoute : « À nos débuts, l’industrie des plastiques et des matériaux composites était perçue avec une certaine réticence. Les nombreux défis, dont ceux environnementaux, étaient (et le sont encore plus aujourd’hui) au cœur des préoccupations. Cependant, loin de nous décourager, cette réalité nous a poussés à innover davantage, à chercher des solutions durables et à prouver que notre industrie peut être une partie de la solution, et non du problème ».

Aujourd’hui, grâce aux efforts collaboratifs des entreprises et des partenaires, l’industrie québécoise des plastiques et des matériaux composites a pris la voie de l’innovation en matière de matériaux écoresponsables, de recyclage avancé et d’applications durables.

« Visionner l’avenir, c’est anticiper les besoins de demain tout en étant profondément ancré dans le présent. Et mon optimisme pour l’avenir de notre alliance est plus fort que jamais. Pourquoi? Parce que je vois en Alliance Polymères Québec non seulement une plateforme de collaboration, mais également un vivier d’idées, de talents et de détermination. »

« En envisageant les 15 prochaines années, je suis convaincu que nous assisterons à une fusion encore plus poussée entre la technologie, la science des matériaux et l’écologie. Les plastiques et composites de demain seront non seulement plus performants, mais aussi plus respectueux de l’environnement. Ils s’adapteront aux exigences d’une économie circulaire, s’intégreront dans des applications inédites et répondront aux défis mondiaux auxquels nous sommes confrontés », ajoute M. Bertrand.

Mais cette vision d’avenir ne se réalisera pas seule. Elle nécessite une volonté commune, un désir partagé d’innover et de surmonter les obstacles. Et c’est là que réside la véritable force d’Alliance Polymères Québec, soit d’agir comme agent mobilisateur et catalyseur de projets collaboratifs structurants, où les entreprises, les chercheurs, les institutions et les entrepreneurs peuvent s’unir et collaborer, ouvrant la voie à une multitude de possibilités.

« J’invite donc chacun de nos membres et partenaires à embrasser cette vision d’avenir, à voir au-delà des défis immédiats et à imaginer un futur où notre industrie non seulement prospère, mais sert également de modèle à suivre à l’échelle mondiale », s’empresse d’ajouter M. Bertrand.

« Ainsi, si ces 15 années ont été exceptionnelles, je suis convaincu que les meilleures restent à venir. Avec un engagement renouvelé, une vision claire et une collaboration sans précédent, je suis certain que l’avenir d’Alliance Polymères Québec brillera encore plus fort. Ensemble, façonnons le futur! », conclut-il.

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