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ISO14001

La certification environnementale s’impose dans les chaînes d’approvisionnement

Par Yves Therrien

Une tendance lourde se dessine à l’horizon chez les grands donneurs d’ordre, notamment en Europe, pour exiger, voire imposer des règles environnementales, sociales, le respect des droits de la personne et une gouvernance sans reproches pour les fournisseurs de premier niveau et chez tous les sous-traitants de la chaîne d’approvisionnement selon la norme ISO 14001.

Pour Stéphane Drouin, vice-président — Achat québécois et développement économique chez Investissement Québec, les entreprises québécoises ne sont pas à l’abri de ces changements, peu importe le domaine de l’industrie, même dans l’industrie des composites et des plastiques qui dépendent d’une chaîne d’approvisionnement à l’international.

M. Stéphane Drouin
M. Stéphane Drouin

« Les grands donneurs d’ordre mettent beaucoup l’accent sur les émissions des gaz à effet de serre et sur une chaîne d’approvisionnement responsable et durable. Pour plusieurs pays européens, cela devient un critère important. Ces entreprises se sont donné des politiques éleveés dans leur cadre de gouvernance. Tout cela vient influencer la chaîne d’approvisionnement dans son ensemble », précise M. Drouin.

Améliorations concrètes

Cette norme ISO 14001 est reconnue internationalement, souligne le Bureau de normalisation du Québec (BNQ) sur son site Web. La norme s’adresse aux organisations voulant implanter, tenir à jour et améliorer un système de gestion environnementale. Ainsi, les organisations et les directions d’entreprises s’imposent des mesures sérieuses et des améliorations concrètes.

Si cette norme est volontaire, dans les faits, une grande entreprise peut imposer d’une certaine manière cette norme à ses fournisseurs et autres parties de la chaîne d’approvisionnement. Si les parties ne font rien pour améliorer leur gestion environnementale, la grande entreprise choisira d’autres fournisseurs répondant à ses exigences.

Par exemple, l’Allemagne a adopté une loi obligeant les entreprises de 3 000 employés et plus à se certifier et à confirmer que leur chaîne d’approvisionnement au grand complet respecte les droits de la personne. 

De la pression pour les fournisseurs

« Cela met une grande pression pour tous les fournisseurs, poursuit M. Drouin. Et dans le cas de la norme ISO 14000, elle définit les bonnes pratiques de fabrication en fonction de plusieurs facteurs environnementaux. Plusieurs filiales d’entreprises européennes basées au Québec font la promotion très favorable de ces nouvelles règles. Ces filiales expliquent qu’il est très important de considérer l’implantation de cette norme ISO, car elles l’exigeront éventuellement pour tous leurs fournisseurs. »

Autrement dit, le fournisseur québécois de pièces en plastique ou en composite, au risque de perdre de gros contrats, devra lui aussi suivre la tendance des gros donneurs d’ordres. En étant au milieu de la chaîne, l’entreprise du Québec devra s’assurer que ses fournisseurs de produits respectent aussi la norme environnementale. Il faudra que son transporteur le fasse aussi, et même celui qui produit la matière première pour les étapes suivantes.

Des opportunités d’affaires

M. Drouin souligne qu’Investissement Québec accompagne d’ailleurs une trentaine d’entreprises québécoises pour améliorer les bonnes pratiques environnementales telles qu’exigées par la filiale européenne avec qui elles font des affaires. 

« Pour une PME, cela demande beaucoup de ressources humaines et financières. C’est pour cette raison que nous voulons être des facilitateurs dans cette démarche. Éventuellement, le danger sera que la norme soit imposée et que les entreprises n’aient plus accès aux contrats », ajoute M. Drouin.

Avec la crise climatique, il estime que la tendance va s’accélérer rapidement. Cependant, tout n’est pas négatif, car cela amènera beaucoup d’opportunités pour les compagnies québécoises et pour les filiales étrangères basées au Québec en envisageant de ramener la production au Québec. En faisant des affaires au Québec, avec une chaîne d’approvisionnement courte, les entreprises demeureront concurrentielles, poursuit M. Drouin.

Contrairement au Québec où la production est plus « verte » et utilise de l’énergie électrique renouvelable, à l’étranger, les producteurs des pays émergents utilisent des énergies polluantes non renouvelables.

Par choix ou par loi
La responsabilité des entreprises concernant les enjeux climatiques et environnementaux s’imposera par choix ou par la réglementation, voire par les choix environnementaux des clients.

 « Les entreprises devront changer et se mettre à niveau, mais cela peut leur ouvrir de nouvelles opportunités d’affaires », estime-t-il.

Au sein de l’Union européenne (UE), les normes sont de plus en plus strictes. L’UE a découvert qu’une partie des composantes des panneaux fabriqués ou utilisés par la Chine ne respectaient pas les critères des règles sociales et environnementales. Des pays auraient été exclus parce qu’ils ne se conformaient pas aux normes ESG (l’investissement environnemental, social et la gouvernance).

L’UE a choisi la diversification des fournisseurs pour

« promouvoir le développement durable et la valeur locale dans les pays partenaires et étudie également les possibilités d’engager des partenariats avec une sélection de pays dans les chaînes de valeur de matières premières durables pour soutenir d’autres sources des matériaux nécessaires à l’industrie solaire », indique une communication de la Commission européenne de mai 2022.

Aide aux PME

Dans le monde des entreprises du plastique, des polymères et des matériaux composites, il y a de nombreuses petites entreprises et d’autres moyennes, constate M. Drouin. Elles doivent faire face aux défis de l’approvisionnement, de la main-d’œuvre et le contexte financier qui met de la pression sur les projets.

« Alors, c’est tout un défi pour le jongleur d’assiettes qui doit ajouter les critères environnementaux, l’intégration des meilleures pratiques, les gaz à effet de serre et les normes ISO. Cela amène d’autres projets dans la cour de l’entrepreneur et une charge pour une petite équipe, ajoute-t-il. C’est pour cela qu’Investissement Québec développe un accompagnement avec des outils de diagnostics. Nous avons le programme Compétivert (https://www.competivert.com/) avec du financement très avantageux pour faciliter le virage dans les PME. Il faut que les projets soient rentables et amènent de la valeur à l’entreprise en augmentant l’efficacité et les performances financières de la PME. »

De plus, Investissement Québec a mis en place un parcours diagnostic environnemental pour identifier les pistes d’amélioration de sorte que l’entrepreneur puisse évaluer ce qu’il fera en fonction de ses ressources financières et humaines.

Phénomène d’attraction

Les études réalisées par Investissement Québec démontrent que la rétention et l’attraction de la main-d’œuvre augmentent l’intérêt chez les jeunes travailleurs si l’entreprise a mis en place de bonnes pratiques environnementales.

D’ailleurs, dans le projet de loi 12 du gouvernement québécois sur les achats, le projet intègre les critères environnementaux et le développement durable dans les appels d’offres gouvernementaux.

« Nous sommes au début d’une tendance lourde qui prendra rapidement une courbe ascendante, note M. Drouin. Les grandes entreprises européennes ont des exigences imposées à leurs filiales de sorte que cela touche aussi les fournisseurs québécois. Cependant, l’achat de proximité et une chaîne d’approvisionnement courte, plus solide et contrôlable, il y aura des avantages pour les entreprises d’ici. Les PME demandent de sortir du marché chinois et d’autres pays émergents en raison de l’insécurité des approvisionnements. »

C’est à la fois un virage vert et un virage d’amélioration de la productivité à gérer en même temps, une étape à la fois, pour être plus concurrentiel sur le marché local et à l’international.

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