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La collaboration pour renforcer la chaîne d’approvisionnement

Entrevue avec Stéphane Drouin

vice-président, Achat québécois et développement économique, Investissement Québec.

Par Yves Therrien, collaboration spéciale

Les problèmes de l’approvisionnement des entreprises existent depuis plusieurs années. La pandémie et l’augmentation de coûts des conteneurs des dernières années n’ont fait qu’exacerber un problème existant. On peut nommer les problèmes récents, dont celui dans le port de Vancouver à cause des inondations et des routes bloquées, ou encore l’incident du cargo échoué dans le canal de Suez, voire des phénomènes météorologiques aux États-Unis qui décalent les livraisons, et même les problèmes de nature politique qui ont fragilisé les chaînes d’approvisionnement.

« Il faut regarder vers l’avant, car les problèmes de coûts des conteneurs et le coût du transport maritime ne diminueront pas. Il faut trouver d’autres moyens pour sécuriser la chaîne d’approvisionnement, car ça ne reviendra pas comme avant la pandémie », estime Stéphane Drouin, vice-président, Achat québécois et développement économique, Investissement Québec.

Face à la fragilité de la chaîne d’approvisionnement à l’étranger, M. Drouin souligne qu’il y a des outils permettant de comparer les coûts des achats à l’étranger ou au pays. Un exercice qui tient compte de tous les coûts de l’importation, des pertes à cause de produits non conformes, des frais de tout acabit, de la gestion des retards, peut démontrer les avantages de faire affaire avec un fournisseur local. 

Le calculateur peut être téléchargé ici : https://www.investquebec-approvisionnementquebecois.com/

Réduire les risques

Un fournisseur « dans le même fuseau horaire, qui parle la même langue » et dont l’usine est à une distance raisonnable, peut s’avérer un bon moyen de réduire les risques dans la chaîne d’approvisionnement. Il se peut que les gens responsables de l’approvisionnement conservent des habitudes automatiques de toujours faire affaire avec les mêmes fournisseurs alors qu’une analyse rigoureuse pourrait permettre de trouver des solutions d’achat des intrants au Québec ou au pays. M. Drouin souligne qu’il peut y avoir d’autres avantages.

« Dans certains cas, face à une possible pénurie de l’approvisionnement, des acheteurs ont choisi d’acheter plus que leurs besoins. Cela entraîne des coûts additionnels d’entreposage. Parmi les options, si un intrant que l’entreprise utilise peu alors qu’un autre en utilise beaucoup, il est intéressant de s’associer à un plus gros acheteur du même produit, ce qui diminuerait les frais. Organiser des achats à grand volume à plusieurs pourrait donner des avantages stratégiques à certaines entreprises », avance-t-il.

Dans le cas d’un intrant comme la résine, les fournisseurs sont peu nombreux. Dans le cas des fabricants de moules, l’expertise existe au Québec. Travailler dans une perspective sectorielle apporte des avantages en maximisant la collaboration entre les entreprises dans la sécurité de la chaîne d’approvisionnement.

Il faut aussi envisager l’économie circulaire, car si les rejets sont des déchets pour une entreprise, ils peuvent être un élément de base pour une autre. Ce genre d’association est à l’avantage de tous. Par contre, il faut que les dirigeants d’entreprises se parlent dans un esprit de collaboration au lieu de se regarder simplement comme des concurrents. Les associations dans un secteur donné peuvent permettre une amélioration des conditions de tout le monde face à la concurrence étrangère.

Des partenariats locaux

M. Drouin donne l’exemple d’un fabricant qui avait perdu son fournisseur basé à l’étranger. Il a demandé de l’aide à Investissement Québec et les recherches ont permis à l’entrepreneur de dénicher un fabricant de moules au Québec. « Ça fait partie des services que nous offrons », souligne-t-il comme de nombreux autres outils pour aider les entrepreneurs à voir plus clair dans leurs orientations d’affaires.

« Faire affaire avec des entreprises au Québec peut permettre des ententes et même des associations entre un fournisseur et un fabricant, continue-t-il. Avec des contrats en poche, le fournisseur pourrait acheter de nouveaux équipements, acquérir de la nouvelle machinerie. Ce type de partenariat avec des engagements de part et d’autre assure le fournisseur dans ses contrats alors que le fabricant sécurise sa chaîne d’approvisionnement localement. »

La collaboration

Il donne un autre exemple de collaboration dans la Beauce où des entreprises en manque de ressources, des soudeurs notamment, des compagnies ont décidé de créer un « pool » pour se prêter des soudeurs selon les besoins de manière à ce que chacun puisse réaliser ses contrats.

M. Drouin raconte que des fournisseurs étrangers, ayant des carnets de commandes bien remplis, ont décidé d’épurer leurs listes de clients en ne gardant que les gros acheteurs. Des entrepreneurs québécois ont appris à leurs dépens que la commande qu’il venait de passer serait leur dernière.

Ainsi, face aux faiblesses et aux risques des chaînes d’approvisionnement à l’étranger, les entrepreneurs d’ici ont tout intérêt à ouvrir leur horizon pour dénicher au Québec, au Canada ou en Amérique des partenaires capables de répondre à leurs attentes. La valeur de la proximité devient un avantage aussi important, peut-être même plus, que le prix plus bas d’un intrant qui s’accompagne souvent aussi de risques de lourds retards dans les livraisons ou d’une augmentation soudaine des frais.

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