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La nécessité des boucles de recyclage

Par Yves Therrien, collaboration spéciale

« Le problème, ce n’est pas le plastique à usage unique, mais plutôt l’utilisation unique du plastique », lance Frédéric Noël, vice-président, Vente et marketing, de la compagnie Tilton, basée à Saint-Augustin-de-Desmaures.

Leader nord-américain, Tilton crée depuis 35 ans des emballages écoresponsables qui répondent aux besoins et aux strictes exigences des industries alimentaire, médicale et pharmaceutique.

Le plastique connu sous l’acronyme PET (polytéréphtalate d’éthylène) peut être recyclé systématiquement et revenir dans la chaîne de production de manière à compléter la boucle de l’économie circulaire par la récupération de la matière recyclée pour la création d’un nouveau produit. Depuis plusieurs années, Tilton fait la démonstration, avec grand succès, de ce principe avec sa gamme d’emballage Repost, composé à 100 % de plastique recyclé RPET. Le seul polymère à contenu 100 % recyclé répondant aux exigences de la FDA (Food and Drug Administration des États-Unis) et de l’ACIA (Agence canadienne d’inspection des aliments) est le RPET (recycled polyethylene terephthalate, en français, polytéréphtalate d’éthylène recyclé). L’utilisation des sources de postproduction et de la matière provenant de centres de tri après avoir été nettoyée par des conditionneurs devient une plus-value pour l’entreprise qui diminue ainsi son empreinte écologique.

« La réduction de notre empreinte écologique prime dans tout le processus de production », explique-t-on.

ÉCONOMIE CIRCULAIRE

Le plastique recyclé provient essentiellement de deux sources : la postproduction générée dans le procédé de moulage et des ballots de produits de postconsommation provenant des centres de tri.

« L’avantage de notre intégration verticale nous permet de réintégrer ces ressources lors de l’extrusion de la feuille, et ce, tout en répondant aux normes de grade alimentaire et pharmaceutique exigées dans nos secteurs d’activités », explique M. Noël.


Bien avant que le concept passe dans le débat public, Tilton avait choisi de travailler uniquement avec des matériaux recyclables ou 100 % recyclés. Actuellement, les résines recyclées sont plus accessibles sur les marchés extérieurs. L’offre disponible au Québec est très limitée pour répondre à la demande croissante.

« Les récentes annonces gouvernementales concernant la modernisation de la consigne et de la collecte sélective sont un pas dans la bonne direction afin d’améliorer et d’uniformiser le traitement de ces ressources dans la province », soutient M. Noël.

CINQ RECOMMANDATIONS

Récemment, devant le Comité permanent de l’environnement et du développement durable à la Chambre de communes, à Ottawa, Tilton a présenté cinq recommandations concernant le recyclage et les produits de plastiques :

  1. Investir massivement dans les centres de tri afin d’en améliorer le fonctionnement et de standardiser les processus de classement en fonction du type de résine. L’implantation de systèmes automatisés nous apparaît indispensable.
  2. Imposer progressivement un minimum de contenu recyclé pour tous les nouveaux emballages de plastique (bouteille d’eau, contenant alimentaire, etc.) fabriqués, distribués ou importés au Canada. Cette obligation créerait des flux de matière en qualité et en quantité pour soutenir une industrie revalorisation du plastique.
  3. Établir une certification d’écoresponsabilité en collaboration avec les bureaux de normalisation. Ceci permettrait une identification rapide des emballages plastiques par les consommateurs afin qu’ils puissent convenablement les trier.
  4. Mobiliser les autres gouvernements, les municipalités et les citoyens pour développer une culture et même une fierté du recyclage.
  5. S’assurer que toutes les mesures imposées aux entreprises canadiennes, producteurs et utilisateurs s’appliquent également aux produits d’emballage importés.

UN CONSTAT

« Notre constat, précise M. Noël, c’est qu’on peut faire mieux en matière de recyclage des plastiques. »

Dans le meilleur des mondes, en exigeant un contenu minimum recyclé, cela créera une boucle qui justifiera l’investissement dans les centres de tri avec des robots capables de trier les différentes sortes de plastiques. Les ballots ne seront pas contaminés et seront vendus plus cher, un avantage indéniable pour les centres de tri. Pour M. Noël, il faudrait établir des certifications d’écoresponsabilité avec le Bureau de normalisation du Québec pour les emballages en ayant un affichage du pourcentage de contenu recyclé. Les utilisateurs et les consommateurs sauront à quoi se fier quant aux emballages.

« Tilton a un produit qui a un grand succès sur le marché depuis plusieurs années : la gamme de produits Repost est fabriquée à 100 % de contenu recyclé de postconsommation », répète-t-il. « Au cours des cinq dernières années, plus de 30 millions $ ont été investis dans nos installations, dont 21 millions $ investis uniquement en 2020, principalement pour l’addition d’un nouvel extrudeur issue de la plus récente technologie européenne pour revaloriser le contenu recyclé. Cette étape majeure accentue notre intégration verticale, et nous permet maintenant d’utiliser uniquement des flocons de plastique PET provenant des centres de tri. C’est ça l’économie circulaire : réutiliser, revaloriser, remettre en marché d’autres produits. »

DE BONNES PRATIQUES

Au lieu de vouloir bannir le plastique sans savoir par quoi le remplacer, Tilton donne l’exemple d’une boucle de revalorisation des produits avec le recyclage. Cependant, il faudra un effort de l’ensemble de la population, des gouvernements, des municipalités et des centres de tri pour améliorer le ramassage sélectif de produits recyclables pour qu’ils ne soient plus à usage unique, mais qu’ils fassent partie d’une boucle de revalorisation pratiquement infinie. La revalorisation des plastiques exige certains ajustements, notamment dans l’écoconception des emballages et des produits. En Europe, l’industrie du plastique a exigé des plastiques clairs pour les bouteilles d’eau gazeuse pour faciliter le recyclage de ce type de contenant dans la perspective de favoriser l’économie circulaire. Luc St-Hilaire, président de Tilton, prévoit que d’ici 10 ans, il y aura de grandes percées dans l’économie circulaire ayant comme matière première le plastique.
D’ailleurs, en France, l’entreprise CITEO, créée par les entreprises du secteur de la grande consommation et de la distribution pour réduire l’impact environnemental de leurs emballages et papiers, « s’est engagée avec ses clients et les fabricants d’emballages dans la recherche de solutions pour tous les emballages en plastique, conformément à sa stratégie 100 % solutions : développement de solutions de recyclage, de réemploi ou de substitution ».
De cette manière, les gestes écoresponsables des citoyens et les efforts de réutilisation des fabricants de produits de plastique, avec l’apport de la technologie, l’économie circulaire est sur la bonne voie.

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