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Les enjeux environnementaux liés à la manutention des granulés de plastique

Entrevue avec jean-David lantagne de Hoola One
Par Yves Therrien

Les plastiques qui flottent dans la mer et ceux qui sont rejetés sur les plages, les produits en plastique à usage unique, les déversements accidentels et les pratiques de recyclage font partie des préoccupations des environnementalistes, des entreprises et des gouvernements à l’aube d’imposer des cadres réglementaires plus sévères.

Les prévisions des études actuelles laissent entrevoir que la production de plastique doublera d’ici 2050. D’ailleurs, personne ne pense à éliminer le plastique, car il n’y a pas de produit de remplacement pour tous les appareils usuels, les objets du quotidien, les tissus, le monde médical et dans de nombreux secteurs de production industrielle.

Mais, il existe des moyens de récupération et de recyclage de ces plastiques perdus dans la nature. C’est ce que pratique l’entreprise Hoola One fondée par trois personnes à la suite d’un projet final de leur maîtrise en génie mécanique à l’Université de Sherbrooke. Trois des membres de l’équipe originale, qui était composée de 12 étudiants, ont décidé, en 2012, de transformer le projet en entreprise commerciale.

Après avoir travaillé à ramasser les rejets de plastiques de toute nature sur les plages, l’entreprise s’est tournée vers les déversements de granulés de plastique. Il s’agit de la deuxième plus grande source de microplastique primaire. Primaire veut dire ici que le microplastique est fabriqué de cette grosseur et que ce n’est pas du plus gros plastique qui se dégrade avec le temps, explique Jean-David Lantagne, président et cofondateur de Hoola One Technologies, une entreprise établie dans la ville de Québec.

« Nous sommes spécialisés dans les équipements de décontamination des sols affectés par les macros et microplastiques. Les microplastiques sont d’ailleurs des particules plus difficiles à extraire des milieux et ils sont aussi plus dommageables pour l’environnement ainsi que les animaux, précise-t-il. Deux types de microplastiques se retrouvent dans l’environnement. Le type secondaire, qui est l’une des plus grandes sources de contamination, est produit par la dégradation des plastiques au fil du temps. Le deuxième type, le type primaire, provient des manufacturiers qui fabriquent les microplastiques comme les billes dans les cosmétiques, les peintures, les textiles de fibre synthétique, les particules de caoutchouc créées par l’abrasion des pneus et, enfin, les granulés de plastiques pour la fabrication de divers produits sur la chaîne d’approvisionnement. »

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Les déversements

Hoola One a choisi de se concentrer sur les déversements produits par les transbordements et lors d’événements accidentels. Selon M. Lantagne, il s’agit de la deuxième source en importance de rejet dans l’environnement avec quelque 230 000 tonnes chaque année dans le monde tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

« Cela part du producteur de granules, passe par les transporteurs par camion, train ou bateau, lors d’un accident comme un déraillement ou un bateau qui coule (par exemple : un bateau qui coule : https://www.theguardian.com/environment/2022/jan/25/nurdles-are-everywhere-how-plastic-pellets-ravaged-a-sri-lankan-paradise). Aussi, c’est lors du transbordement que les granules peuvent se retrouver dans l’environnement proche des rails ou des silos. Cela arrive aussi dans les usines des transformateurs au Québec à l’occasion. Souvent, le déversement accidentel se produit lors du transbordement dans les convoyeurs pneumatiques où les risques sont plus élevés. Par ailleurs, les déversements sont peu fréquents et moins risqués chez les petits transformateurs qui reçoivent les granules dans des sacs ou sur des palettes », explique M. Lantagne.

Les effets négatifs

Même si certains déversements semblent minimes, il s’agit de produits très petits et volatils, de sorte que le plastique sera transporté dans la nature lors de fortes pluies, voire dans les réseaux d’égout qui, en cas de débordement, enverront le plastique dans les cours d’eau au lieu de le filtrer, ajoute-t-il.

Or, lorsque les microplastiques se retrouvent dans la nature, dans l’eau et sur terre, ils sont facilement ingérés par la faune marine et les animaux, notamment les oiseaux. Quelque 900 espèces, selon les études scientifiques, sont directement affectées par les microplastiques. Par exemple, dans certains cas, les oiseaux qui les ingèrent peuvent mourir de faim parce que leur gésier est plein de plastique, ce qui les empêche de sentir la faim, et ils ne se nourrissent plus.

Parmi les autres effets négatifs, il note les blessures dans le système digestif des animaux et même dans le système respiratoire, de sorte que les animaux ont de la difficulté à respirer. Plus encore, le plastique a des effets sur le système endocrinien, affectant le développement et la reproduction. Aussi, les plastiques sont comme des éponges et ils absorbent d’autres contaminants qui dérèglent les systèmes biologiques des animaux.

Comme ces contaminants remontent dans la chaîne alimentaire, la contamination pourrait remonter jusqu’aux humains. Les recherches scientifiques en cours pourraient confirmer ou infirmer ces hypothèses et les soupçons. Cependant, il est prouvé qu’il existe des impacts biologiques, notamment avec le plancton qu’ingèrent plusieurs espèces. Ainsi, la question suivante se pose : est-ce que cela pourrait avoir des effets perturbateurs sur l’humain? Les recherches sont en cours un peu partout dans le monde pour détecter ces effets indésirables, mais il n’y a pas de consensus, notamment sur les effets néfastes comme perturbateurs endocriniens.

Des améliorations possibles

Selon M. Lantagne, l’industrie pourrait améliorer certains produits. Il note les emballages et les plastiques dits à usage unique.

« Il est possible de faire des avancées technologiques sur plusieurs fronts :
1) développement de nouveaux matériaux polymères pour les plastiques à usage unique,
2) empêcher le plastique de se rendre dans l’environnement et de récupérer celui qui est présent. Notre mission est d’ailleurs de minimiser l’impact des rejets dans l’environnement. » 

Il donne l’exemple des usines de traitements des eaux usées qui font face au problème des fibres des textiles synthétiques.

« Selon les scientifiques, à chaque lavage en machine, des centaines de milliers, voire des millions de microfibres partent dans le circuit d’évacuation. Les filtres actuels des usines de traitement, bien qu’efficaces, ne sont pas parfaits. Ils ont une efficacité de 98 % et la perfection est difficile à réaliser, continue M. Lantagne. En outre, il y a le problème des nanoplastiques. »

Le microplastique a une taille variant de 0,1 à 5 000 micromètres, ou 5 millimètres, alors que le nanoplastique mesure de 0,001 à 0,1 micromètre, soit inférieure à 10 microns (millièmes de millimètre).

Cadre réglementaire

Jean-David Lantagne souligne que les gouvernements à l’international et au Québec établissent des cadres réglementaires de plus en plus sévères en lien avec les granulés de plastique.

Le ministère de l’Environnement et des Changements climatiques indique sur son site que nul ne peut rejeter un contaminant dans l’environnement qui est susceptible de porter « préjudice à la qualité de l’environnement, aux écosystèmes, aux espèces vivantes ou aux biens ». S’il y a un rejet accidentel d’un contaminant, la personne ou l’entreprise doit aviser le ministère, faire cesser le rejet, enlever les matières contaminées et gérer le tout selon la loi, et ce, tout en restaurant l’écosystème.

Comme l’expliquait M. Lantagne dans un webinaire sur le portail polymeresquebec.com, les amendes peuvent être très salées. Il cite le cas d’un de leurs clients au Texas qui s’est vu imposer une amende de 50 millions $ US à la suite d’une poursuite.

Au Québec, le ministère de l’Environnement peut faire cesser les activités d’une entreprise et imposer une amende allant jusqu’à 3 millions $ pour ne pas l’avoir avisé et jusqu’à 6 millions $ pour ne pas avoir traité sur place les matières contaminantes. 

Contrairement au Québec qui ne spécifie pas les plastiques comme polluants dans ses règles générales, ailleurs dans le monde, les règles sont plus spécifiques. La France spécifie la prévention des pertes des granulés de plastiques industriels dans l’environnement. Aux États-Unis, la loi régit les déversements des granulés dans l’eau. Et la Californie mentionne les débris de plastiques. L’Union européenne a aussi des règlements concernant les granulés de plastiques.

Quant aux bonnes pratiques, M. Lantagne mentionne le programme volontaire « Clean Sweep » reconnu par 3 300 participants à l’échelle mondiale et mis en œuvre dans plus de 60 pays, dont le Canada.

 « D’ailleurs, il est vraiment encourageant de constater que de nombreuses entreprises entreprennent des efforts volontaires pour lutter contre la perte de granulés de plastique », souligne-t-il.

La technologie

Hoola One a développé diverses solutions technologiques au fil des ans pour la décontamination des sols, notamment des solutions spécifiques pour récupérer les granulés de plastique dans les usines, les trains ou les bateaux.

« Nous avons des technologies différentes en fonction des besoins du client, précise M. Lantagne. Que ce soit pour l’environnement contaminé ou les différents plastiques selon leur dimension ou leur densité. Nous séparons sur place la matière recueillie pour la traiter et la revaloriser auprès des recycleurs. Cela évite des coûts pour le manufacturier. Nous avons deux systèmes, l’un pour l’aspiration en profondeur ou en surface, l’autre pour la séparation du plastique du gravier à l’aide de deux modes de collecte soit, notamment, par brosses rotatives comme les balayeuses de rues ou à l’aide d’un embout d’aspiration manuel plus précis. »

Pour les endroits difficiles d’accès, l’entreprise utilise des minis « back pack » (sacs à dos) pour ramasser les rejets qui seront traités par la suite dans un autre équipement qui sépare les plastiques et la matière. Il est d’ailleurs possible de séparer la matière récupérée par dimensions des particules jusqu’à 10 microns

« En décontaminant le sol des entreprises où il y a eu un déversement, cela permet aux compagnies de réduire les risques tout en respectant le cadre réglementaire du ministère de l’Environnement. Comme le traitement et la récupération se font sur place, les coûts sont moins élevés. Et il y a possibilité de revendre ou de revaloriser le plastique », conclut M. Lantagne.

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